jeudi 5 décembre 2013

La femme, l'avenir du journalisme sportif ?

Source : laissemoitedire.com
Samedi après-midi, dans un bar parisien. 

Les lieux se remplissent progressivement, mais en ces temps de courses de Noël, l’affluence promet d’être mitigée. L’affiche est belle. Bon, ce n’est pas France-Nouvelle-Zélande, mais quand même : Stade Français-Toulon. Un bon match du championnat de France de rugby avec, d’un côté, une jeune équipe parisienne ambitieuse et de l’autre, l’équipe championne d’Europe en titre et ses stars. Et comme il fait beau, le jeu ne devrait pas, pour une fois, se résumer à une succession d’en-avants maladroits ou de chandelles à la réception vacillante.
 
Le match débute ; la bière est commandée. Elle descend au rythme des actions du match, paisiblement, jusqu’à la mi-temps. On discute du premier acte, agréable sans plus, tout en jetant quelques regards à l'écran. Je prends tout d'un coup conscience d'un fait incongru : les deux journalistes à l’antenne pendant la pause sont des femmes. J'ai dû mal regarder. Peut-être qu'un journaliste de Canal Plus a perdu un pari et doit porter les cheveux longs. Ou alors l'alcool fait déjà son effet (mais bon, une pinte c'est rien !)

Je me maîtrise et réajuste mes lunettes. Non, je ne me suis pas trompé, il y a bien deux femmes à l'écran en train de parler de rugby. Enfin, je crois, le barman a coupé le son. Alors bien sûr, la présence féminine s’est renforcée dans le journalisme sportif ces dix dernières années. On lit fréquemment des articles et des chroniques rédigés par des femmes dans la presse spécialisée, mais de là à ne voir aucun homme sur le plateau...
 
Bercé par la chaleur de l'alcool, je me dis que ce doit être la gloire de ce sport-là que d'œuvrer pour la cause des femmes dans les médias. Solidarité sur le terrain et entre les sexes. Le petit diable alcoolisé niché dans mon cerveau me susurre néanmoins que ces deux journalistes sont certes à l’antenne, mais ne commentent pas le match : elles meublent pendant la mi-temps en annonçant les autres temps forts de la journée de Top-14. Dommage.
 
La partie encore alerte de mon cortex m’envoie un message d’espoir : il est fréquent d’entendre des commentaires d’anciennes sportives sur certains événements de grande ampleur, telles certaines épreuves des Jeux Olympiques. "Finement observé" pensé-je in petto, en avalant une nouvelle gorgée. Le retour de bâton ne se fait pas attendre. "Ce sont des consultantes. Leur boulot consiste à enrober de concepts techniques les propos des autres commentateurs qui, eux, sont des hommes. Ce ne sont pas les vedettes de l'antenne".

Je n'ai pas envie de lâcher l'affaire. Après tout, le monde des médias a évolué ces dernières années. Par exemple : il y a bien des femmes qui présentent des émissions sportives sur les chaînes publiques autant que sur les chaînes privées. "Mais combien se sont installées durablement dans ce rôle ? Et qui les entoure sinon un groupe d'hommes, les vrais spécialistes qui donnent leur avis ! Et puis, de toute façon, on n’a encore jamais entendu de femmes commenter des matches de football ou de rugby (sauf peut-être de football ou de rugby féminins. Ce genre de trucs, c’est du sérieux". Des voix féminines lors des retransmissions, voilà la nouvelle frontière ! 

Mais bon, faut pas perdre de vue le plus important : le match reprend. Pourquoi il remet pas le son le barman, on n'entend pas ce qu'ils disent ! 


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire