jeudi 12 décembre 2013

Hunger Games 2 : Le spectacle est dans la salle


Doit-on penser, comme Vincent Malaussa dans Le Nouvel Observateur, que Hunger Games 2, L’embrasement est « strictement interdit aux plus de 12 ans » ?

Je n’ai lu ce commentaire qu’après être allé à la projection. Bien sûr, j’aurais dû relever les indices, dans la file d’attente. La taille moyenne des personnes qui m’entouraient. Le son de voix encore mal assurées, qui s’engagent dangereusement sur la corniche de la maturité mais qui risquent la sortie de route à tout moment.

Ce n’est qu’une fois dans la salle de cinéma que la réalité me heurta de plein fouet. Il n’y avait que des jeunes autour de moi. Enfin, des très jeunes (« putain, c’est vrai, j’ai déjà 33 ans ! »). Je balayai anxieusement du regard les lieux pour évaluer la gravité de la situation. Il n’y avait que deux personnes plus âgées que moi, mais alors franchement plus âgées : la cinquantaine. C’est déjà ça, mais était-ce pour me rassurer ? Il s’agissait à tous les coups de parents qui encadraient la sortie de leur fille avec un garçon aux pensées impures. La fille avait d’ailleurs dû s’asseoir deux rangs plus loin, histoire d’être tranquille un minimum.
La drague, pour moi, ce serait pour une prochaine fois. Pas grave, j’allais me concentrer sur le film.

Les images défilaient mais le spectacle était aussi dans la salle. L’apparition du personnage masculin principal suscita des commentaires avides (« il est de plus en plus beau »). La scène d’un baiser passionné (isolée dans une succession de courses-poursuites) diffusa une onde de soupirs chez mes voisines ; je percevais la tension envieuse de mes voisins. La fin abrupte du film laissa un groupe pantois (« j’y crois pas »).

Mais que penser du film en lui-même ? Qu’il était « uniquement réservé aux initiés », « d’une laideur digne de la pub Shalimar », « obscène » en plus de « débile » ? Ou pencher du côtéde Cécile Mury et de Télérama (oui, Télérama !), qui avait vu un « trépidant film d’aventures » mêlé d’une « fable politique habile [et] plutôt sombre pour un divertissement grand public » ?

On ne peut certes pas prétendre que l’esthétique du film soit du meilleur goût ; l’outrance est surtout visible dans les scènes qui se déroulent à Panem, la capitale de la dictature au pouvoir. On peut la trouver justifiée tant elle participe de la vulgarité des lieux ; on peut également trouver que la chose est caricaturale puisqu’elle s’oppose en tous points au dénuement des zones les plus pauvres. C’est d’ailleurs ce dernier aspect qui l’emporte : le livre était dense et constituait, en un sens, l’acmé de la trilogie. Il jouait à plein son rôle de pivot dans la narration globale, entre un premier tome emprunt de découverte adolescente du monde et un troisième épisode fouillis et guerrier.

Le film n’a pas le temps d’aller dans le détail. On ne perçoit qu’à la marge les émotions de Katniss et son choix de concourir à nouveau dans le tournoi lui est trop précipité pour être fidèle au personnage du roman. C’est ainsi que toute la première partie déçoit et qu’elle ne fait qu’annoncer le film d’action, les dernières quarante minutes, très réussies pour le coup.

Payer pour voir ce film au cinéma est peut-être excessif. Mais pour moi, il s'accompagnait d'un spectacle dans la salle. Deux pour le prix d'un, j'ai fait une affaire.

lundi 9 décembre 2013

Jonathan Coe : Expo 58



Samedi après-midi, dans un café.

Je viens de terminer mon livre. La fin relève un peu le niveau, mais on est loin de l’humour et du talent narratif de Testament à l’anglaiseBienvenue au clubLe Cercle fermé et La pluie avant qu’elle tombe.

On se trouve devant le même manque de souffle que dans les deux derniers tiers de son précédent ouvrage, La vie très privée de Mr Sim. Comme si les 100 premières pages de ce dernier avaient consumé l’auteur. La fantaisie de certaines situations tendait alors vers l’absurde, et on avait l’impression que tout était possible dans ce roman. Dans un avion, le personnage principal pouvait parler de sa vie à son voisin pendant toute la durée du vol sans se rendre compte que ce dernier était mort. Traumatisé par cette découverte, il n'osait plus adresser la parole à qui que ce soit jusqu’à rechercher à tout prix la présence et l’échange avec un voyou qui l’agresse et lui vole son portable.

Depuis un livre et demi, Jonathan Coe n’a plus la clef de ses récits. On retrouve bien certains de ses thèmes habituels dans son nouveau livre Expo 58 : le sentiment qu’ont ses héros de passer à côté de leur vie ; le rapport difficile à l’écriture ; la présence diffuse de Birmingham, la ville natale de l’auteur ; et même sa difficulté à écrire des scènes de sexe, un problème qu’il avait subtilement mis en scène dans Testament à l’anglais.

Le postulat de départ aurait pu donner un résultat intéressant. Un petit fonctionnaire sans ambition est envoyé par ses supérieurs du Ministère de la Communication à l’exposition universelle de Bruxelles pour superviser la construction puis la bonne tenue, tout au long de l’événement, de l’un des bâtiments phares du pavillon de la Grande-Bretagne : le pub Britannia, sensé porter haut les valeurs de la civilisation britannique. Propulsé dans l’effervescence bruxelloise, Thomas Foley doit faire face à la tentation de l’adultère et à la complexité des relations internationales au temps de la Guerre froide.

Mais ça ne prend pas. Tout est terriblement prévisible ; l'humour n'apparaît qu'au détour de quelques dialogues très British. On finit par ne pas comprendre ce que Coe veut faire de ce récit ni pourquoi il a choisi ce thème, comme s’il semblait lui-même peu convaincu de l’intérêt de raconter cette histoire. La seule impression que ce livre arrive à faire partager au lecteur est la solitude finale du héros, fruit de ses indécisions et de son désenchantement. Sur les quinze dernières pages, beaucoup trop tard pour nous sortir de notre propre détachement vis-à-vis de ce récit.

(Pour un avis complémentaire, la critique du Guardian : 


jeudi 5 décembre 2013

La femme, l'avenir du journalisme sportif ?

Source : laissemoitedire.com
Samedi après-midi, dans un bar parisien. 

Les lieux se remplissent progressivement, mais en ces temps de courses de Noël, l’affluence promet d’être mitigée. L’affiche est belle. Bon, ce n’est pas France-Nouvelle-Zélande, mais quand même : Stade Français-Toulon. Un bon match du championnat de France de rugby avec, d’un côté, une jeune équipe parisienne ambitieuse et de l’autre, l’équipe championne d’Europe en titre et ses stars. Et comme il fait beau, le jeu ne devrait pas, pour une fois, se résumer à une succession d’en-avants maladroits ou de chandelles à la réception vacillante.
 
Le match débute ; la bière est commandée. Elle descend au rythme des actions du match, paisiblement, jusqu’à la mi-temps. On discute du premier acte, agréable sans plus, tout en jetant quelques regards à l'écran. Je prends tout d'un coup conscience d'un fait incongru : les deux journalistes à l’antenne pendant la pause sont des femmes. J'ai dû mal regarder. Peut-être qu'un journaliste de Canal Plus a perdu un pari et doit porter les cheveux longs. Ou alors l'alcool fait déjà son effet (mais bon, une pinte c'est rien !)

Je me maîtrise et réajuste mes lunettes. Non, je ne me suis pas trompé, il y a bien deux femmes à l'écran en train de parler de rugby. Enfin, je crois, le barman a coupé le son. Alors bien sûr, la présence féminine s’est renforcée dans le journalisme sportif ces dix dernières années. On lit fréquemment des articles et des chroniques rédigés par des femmes dans la presse spécialisée, mais de là à ne voir aucun homme sur le plateau...
 
Bercé par la chaleur de l'alcool, je me dis que ce doit être la gloire de ce sport-là que d'œuvrer pour la cause des femmes dans les médias. Solidarité sur le terrain et entre les sexes. Le petit diable alcoolisé niché dans mon cerveau me susurre néanmoins que ces deux journalistes sont certes à l’antenne, mais ne commentent pas le match : elles meublent pendant la mi-temps en annonçant les autres temps forts de la journée de Top-14. Dommage.
 
La partie encore alerte de mon cortex m’envoie un message d’espoir : il est fréquent d’entendre des commentaires d’anciennes sportives sur certains événements de grande ampleur, telles certaines épreuves des Jeux Olympiques. "Finement observé" pensé-je in petto, en avalant une nouvelle gorgée. Le retour de bâton ne se fait pas attendre. "Ce sont des consultantes. Leur boulot consiste à enrober de concepts techniques les propos des autres commentateurs qui, eux, sont des hommes. Ce ne sont pas les vedettes de l'antenne".

Je n'ai pas envie de lâcher l'affaire. Après tout, le monde des médias a évolué ces dernières années. Par exemple : il y a bien des femmes qui présentent des émissions sportives sur les chaînes publiques autant que sur les chaînes privées. "Mais combien se sont installées durablement dans ce rôle ? Et qui les entoure sinon un groupe d'hommes, les vrais spécialistes qui donnent leur avis ! Et puis, de toute façon, on n’a encore jamais entendu de femmes commenter des matches de football ou de rugby (sauf peut-être de football ou de rugby féminins. Ce genre de trucs, c’est du sérieux". Des voix féminines lors des retransmissions, voilà la nouvelle frontière ! 

Mais bon, faut pas perdre de vue le plus important : le match reprend. Pourquoi il remet pas le son le barman, on n'entend pas ce qu'ils disent !