Doit-on penser, comme Vincent Malaussa dans Le Nouvel Observateur, que Hunger Games 2, L’embrasement est « strictement
interdit aux plus de 12 ans » ?
Je n’ai lu ce commentaire qu’après être allé à la
projection. Bien sûr, j’aurais dû relever les indices, dans la file d’attente.
La taille moyenne des personnes qui m’entouraient. Le son de voix encore
mal assurées, qui s’engagent dangereusement sur la corniche de la maturité mais
qui risquent la sortie de route à tout moment.
Ce n’est qu’une fois dans la salle de cinéma que la réalité
me heurta de plein fouet. Il n’y avait que des jeunes autour de moi. Enfin, des
très jeunes (« putain, c’est vrai, j’ai déjà 33 ans ! »). Je balayai
anxieusement du regard les lieux pour évaluer la gravité de la situation. Il
n’y avait que deux personnes plus âgées que moi, mais alors franchement plus
âgées : la cinquantaine. C’est déjà ça, mais était-ce pour me rassurer ?
Il s’agissait à tous les coups de parents qui encadraient la sortie de leur
fille avec un garçon aux pensées impures. La fille avait d’ailleurs dû s’asseoir
deux rangs plus loin, histoire d’être tranquille un minimum.
La drague, pour moi, ce serait pour une prochaine fois. Pas
grave, j’allais me concentrer sur le film.
Les images défilaient mais le spectacle était aussi dans la
salle. L’apparition du personnage masculin principal suscita des commentaires
avides (« il est de plus en plus beau »). La scène d’un baiser
passionné (isolée dans une succession de courses-poursuites) diffusa une onde
de soupirs chez mes voisines ; je percevais la tension envieuse de mes
voisins. La fin abrupte du film laissa un groupe pantois (« j’y crois
pas »).
Mais que penser du film en lui-même ? Qu’il était « uniquement
réservé aux initiés », « d’une laideur digne de la pub Shalimar »,
« obscène » en plus de « débile » ? Ou pencher du côtéde Cécile Mury et de Télérama (oui, Télérama !), qui avait vu un « trépidant
film d’aventures » mêlé d’une « fable politique habile [et] plutôt
sombre pour un divertissement grand public » ?
On ne peut certes pas prétendre que l’esthétique du film soit
du meilleur goût ; l’outrance est surtout visible dans les scènes qui se
déroulent à Panem, la capitale de la dictature au pouvoir. On peut la trouver justifiée
tant elle participe de la vulgarité des lieux ; on peut également trouver que
la chose est caricaturale puisqu’elle s’oppose en tous points au dénuement des
zones les plus pauvres. C’est d’ailleurs ce dernier aspect qui l’emporte :
le livre était dense et constituait, en un sens, l’acmé de la trilogie. Il jouait
à plein son rôle de pivot dans la narration globale, entre un premier tome
emprunt de découverte adolescente du monde et un troisième épisode fouillis et guerrier.
Le film n’a pas le temps d’aller dans le détail. On ne
perçoit qu’à la marge les émotions de Katniss et son choix de concourir à
nouveau dans le tournoi lui est trop précipité pour être fidèle au personnage du
roman. C’est ainsi que toute la première partie déçoit et qu’elle ne fait qu’annoncer
le film d’action, les dernières quarante minutes, très réussies pour le coup.
Payer pour voir ce film au cinéma est peut-être excessif. Mais pour moi, il s'accompagnait d'un spectacle dans la salle. Deux pour le prix d'un, j'ai fait une affaire.


